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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 11:49

L’euro : l’avenir de tous les possibles

 

Dans un précédent article, nous écrivions que « la monnaie unique résiste aux tensions ». Une façon pour nous de dire que le problème de fond nous paraissait être la dette publique. Mais du fait des difficultés rencontrées par plusieurs pays, nous nous demandions également « comment éviter une sortie de la zone euro » tout en ajoutant que les économistes avancent diverses solutions.

Dans cet article nous voulons prolonger notre réflexion sur l’avenir de l’Euro. Pourquoi ?

Chaque pays, face aux difficultés monétaires, économiques et sociales peut très légitimement se demander s’il est pertinent de garder une monnaie qui l’a conduit à abandonner sa souveraineté tout en acceptant des règles budgétaires et monétaires qui lui apparaissent aujourd’hui contraignantes. D’autant que la crise financière montre que rien n’a été prévu pour l’aider en cas de difficulté.

Il était admis, par tous les tenants de la zone euro, que l’intégration économique (via la monnaie unique) était la façon la plus à même de permettre à terme une homogénéisation des économies. Pour y parvenir un mixte de deux modèles : le modèle rhénan (l’économie sociale de marché) pour construire un système productif performant, auquel on lui adjoint le modèle anglo-saxon (l’accès aux marchés financiers) pour rendre possible les investissements publics et privés. Liberté des capitaux, des échanges mais aussi du travail, tel fut l’hypothèse centrale qui a présidé au montage tel que nous le connaissons.

 Mais, les partisans d’une telle approche  avaient mal apprécié (dans la mesure où chaque pays reste maitre chez soi) :

 - les effets « pervers » d’un tel système (bulle immobilière, augmentation des déficits, avantages comparatifs conduisant à des perdants et des gagnants…) ;

 - que les disparités territoriales n’allaient pas se résoudre de façon mécanique et ce malgré les aides financières octroyées.

 

Asymétrie des économies mais aussi des comportements comme des politiques économiques et sociales, telle est l’image aujourd’hui des pays de la zone euro.

Des pays qui ont tous un point commun : un déficit chronique important. Dès lors, comment en sortir sans tomber dans une récession telle qu’elle entrainerait un marasme économique et social irréparable ? Une cure d’austérité est incontournable, mais il faut également retrouver la croissance pour éviter le désastre. Nous voilà confronté à un paradoxe qui peut être mortifère si nous ne trouvons pas une solution rapidement.

La réponse étant à choix multiples, nous pouvons dire qu’il n’y a pas une mais plusieurs réponses. Sachant que le système actuel ne permet pas : une aide directe de la BCE, une dévaluation compétitive ou encore un certain protectionniste. Alors, le choix n’est pas seulement technique, il est aussi politique.

 

Nous vous proposons trois réponses possibles : garder la monnaie unique ; passer de la monnaie unique à la monnaie commune ; sortir tout simplement de la zone euro.

 

1ère réponse : garder la monnaie unique

 

Si l’on opte pour cette option, Il s’agit tout d’abord de ramener la dette publique de chacun des pays concernés à un niveau qui les rend solvables. Un surplus budgétaire, comme le conseil le FMI, permettrait de parer à toute éventualité, mais cela prendra près de 20 ans pour certains pays de la zone euro.

 

Une mesure qui signifie une diète pour les états écrit jean Pisani-Ferry. Elle se traduirait par une baisse globale du pouvoir d’achat de 4 à 5 %, suivie d’une période de stagnation de 3 ans minimum.

 

Il s’agirait dans le même temps de renforcer les institutions financières par une recapitalisation leur assurant des fonds propres conséquents. Une recapitalisation qui s’accompagnerait d’un fédéralisme bancaire et financier de façon à les rendre autonomes.

 

La fragmentation des états de la zone euro favorise leur vulnérabilité, alors que la zone euro prise comme un tout apparait en meilleure posture que les Etats Unis ou le Royaume Uni explique Jean Pisani-Ferry. D’où l’idée Keynésienne, d’émettre des euro-obligations qui permettrait de financer de grands projets. Jacques DELPLA et Jacob Von WEIZSACKER, tous les deux économistes, suggèrent la création d’une « agence de la dette commune » qui émettrait ces euro-obligations garantis par tous les états.

 

Cela implique, pour que cette agence fonctionne, une solidarité entre les états, et passe par l’instauration d’un contrôle à priori pour obtenir l’accord politique de tous. Ce qui signifie un droit de regard mais aussi un droit de véto de chaque pays membre sur le programme d’émission de dettes de ses partenaires. Ingérence qui, selon toute vraisemblance, implique une union politique pour que cela fonctionne sur le long terme.

 

Les questions économiques à résoudre dans les pays de l’Europe du sud (y compris la France) suppose des modalités tenant compte de la spécificité de chaque territoire :

 - une approche macroéconomique centrée sur une inversion des taux d’inflation (plus en Allemagne, moins en Espagne…) de façon à résorber les écarts accumulés ;

- une panoplie de mesures comme la dévaluation interne (i.e. la baisse des coûts du travail et des prix), la ré-industrialisation par des aides publiques, ou encore le financement des entreprises via le capital privé.

 

En résumé Jean Pisani-Ferry préconise : une intégration économique plus poussée ; un fédéralisme bancaire et financier ; une union politique. Trois axes qui semblent devoir être retenus si la 1ère solution est adoptée pour sortir de la crise de l’euro.

 

2ème réponse : passer de la monnaie unique à la monnaie commune

 

Plusieurs économistes (Jacques SAPIR, Bruno LEMAIRE, Jean-Michel QUATREPOINT) sont favorables à l’adoption d’un mécanisme diffèrent : la monnaie commune. Opter pour cette solution conduit à ce que l’euro ne soit plus une monnaie mais une unité de compte permettant de comparer entre elles les diverses monnaies nationales. Chaque pays  recouvre ainsi sa souveraineté  monétaire. Une condition : la mise en place d’une réglementation des marchés pour empêcher toute spéculation.

 

Cela permettrait de procéder à un réajustement monétaire, sur la base d’un euro national calculé en fonction de la puissance économique du pays (appréciée en la comparant à celles des autres pays). En procédant ainsi, on pourrait selon Bruno LEMAIRE (en donnant la valeur 1 à un eurofranc) construire l’échelle suivante : 1.2 pour l’euromark, 1 pour l’eurofranc, 0.9 pour l’eurolire, 0.8 pour l’europeseta…

 

Une manière de prendre en compte : la sous-évaluation du mark, la surévaluation de la lire et de la peseta. Ce qui permet pour les pays qui dévaluent, de passer d’une « dévaluation interne » à une « dévaluation externe ». Pour la France la dévaluation se traduirait  par une baisse du pouvoir d’achat estimé à 2 %. Une baisse que la croissance retrouvée permettrait de combler.

 

Recourir à la monnaie nationale est un exercice simple explique Jean-Jacques ROSA car aujourd’hui la monnaie est essentiellement scripturale (i.e. des comptes en banque). Du jour au lendemain il suffit de décréter que votre compte de 10 000 euros est désormais de 10 000 francs. Il a fallu une semaine à la Slovaquie pour mettre en place sa monnaie.

 

Avec ce nouveau mécanisme le pays redevient maître de sa monnaie, peut dévaluer et retrouver une certaine compétitivité. Mais il lui faudra honorer ses dettes. Car, un tel mécanisme ne supprime pas l’effort à faire et la nécessité d’un retour à la rigueur budgétaire. Mais, c’est la BCE qui prêterait directement à un taux voisin de 0,25 %.

 

La monnaie commune dans son fonctionnement garantirait aux états (via la BCE qui garderait un rôle central : fixation des taux de change réajustés tous les ans, orientation du cours de la monnaie…) la stabilité recherchée, tout en donnant au système des marges de fluctuation (-2,5 +2,5) pour tenir compte des évolutions respectives. L’un des objectifs recherchés est de s’émanciper des marchés financiers et des agences de notation.

 

Ajoutons, que dans un tel scénario, les transactions commerciales et financières avec les pays « hors zone » seraient assurées par la monnaie commune. Une monnaie cotée sur les marchés financiers mais selon des règles bien précises et sur la base d’un accord collectif se rapportant aux mouvements de capitaux et aux opérations de marché.

 

Enfin, adoption d’un plan de relance concerté et coordonné avec une hausse des salaires de 10 % en Belgique, France, Italie et Espagne, de 15 % aux Pays-Bas et de 20 % en Allemagne ; émission d’un montant  de 1 000 milliards d’euros par la BCE constitués « d’avances aux trésors publics » et d’une dotation à la BCI ; établissement d’un contrôle strict des capitaux aux frontières de la zone euro.


3ème réponse : sortir de l’euro et créer un nouveau franc

 

Sortir de l’euro est techniquement faisable explique Philippe MEURER (professeur de finance à la Sorbonne). De plus elle n’entraine pas de facto l’éclatement de l’Union Européenne. De son côté, Jacques SAPIR a détaillé dans une note les mesures qu’il faudrait prendre pour réussir la sortie de l’euro. Intéressons-nous à ce que nous disent ces deux économistes.

 

Disons tout de suite, que comme dans le cas de la monnaie commune l’échelle des valeurs des monnaies nationales entre elles seraient, du fait des dévaluations attendues de la part de la France, de l’Italie et de l’Espagne : de 1.2 pour le mark2012, de 1 pour le franc2012, de 0,9 pour la lire2012 et de 0,8 pour la peseta2012.

 

Un retour effectif à la monnaie nationale nécessite du point de vue technique un délai d’un mois. Diverses mesures doivent être prises : blocage des prix, fermeture de la bourse de Paris et des marchés, contrôle des capitaux avec sanctions dissuasives, etc.

 

Est déclaré (comme le fit Franklin Roosevelt en 1933) des « vacances bancaires » (une semaine) de façon à déterminer notamment celles qui sont viables et celles qui sont en faillite (ces dernières sont nationalisées à 0 euro et renflouées par l‘état qui en prend le contrôle) ; aucun virement ni opération de change ne sont possibles, le particulier paie en euros ses achats pour ses besoins quotidiens ; les dettes et contrats en euros (entre particuliers et entreprises françaises) sont transformées en franc2012 ; tous les euros sur les comptes bancaires sont transformés en franc2012 à 1 pour 1.

 

La dette de l’Etat, qui emprunte au taux symbolique de 0,25 % à la Banque de France, reste en « ancien euro » (un panier comprenant le franc et le nouvel euro) si la zone euro n’éclate pas. Une dette qui varie selon que le franc baisse ou monte de 10 % par rapport à l’euro. Si la zone euro éclate, l’Etat français rembourse sur la base des pondérations prévalant lors de la mise en place de l’euro : 20 % en francs, 27 % en mark, 18 % en lire…

 

Les contrats d’entreprises françaises avec des tiers étrangers restent en « anciens euro » ; les obligations en euro sont transformées en équivalent franc ; les SICAV monétaires en euro sont réévaluées pour la partie composée de titres restant dans la zone euro.

 

Un blocage temporaire des prix et des salaires (3 mois) s’impose. L’objectif est que l’inflation maximale soit de 10 % la première année et ramenée à 7 % puis à 5 % les années suivantes. Précisons que l’inflation n’est pas à priori préjudiciable à l’économie française (elle rend possible les investissements et la consommation si elle s’accompagne d’une hausse des salaires). Une hausse des salaires et des prestations (d’environ 10 %) qui est tout à fait envisageable, compte tenu de la forte dévaluation initiale.

 

Quant à l’inflation importée, elle ne devrait pas entrainer une hausse des prix de plus de

2 % (et donc une baisse temporaire du pouvoir d’achat) du fait de la faiblesse de l’élasticité des importations au taux de change dollar/euro. Une baisse des taxes et un gel des prix sur les carburants est nécessaire malgré tout.

 

Dans ce contexte favorable, le gouvernement pourrait prendre des mesures immédiates maximisant la réaction de l’appareil productif (taux bonifiés, mesures protectionnistes ciblées…) et plus structurelles pour renforcer la compétitivité du territoire et reconstituer le tissu industriel.  

    

Pour conclure provisoirement :

 

On le voit, trois chemins possibles, chacun d’eux est difficile car rien n’est écrit d’avance. Un choix avant tout politique qui selon la décision prise préfigure l’Europe de demain : une Europe fédérale (i.e. des états unis d’Europe) si la 1ère solution est choisie ; une Europe confédérale (i.e. une union d’états) si l’option est la 2ème solution ; une communauté européenne (i.e. une coopération entre états) si c’est la 3ème solution qui est retenue.

 

 

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Published by KACIUS - dans Economie
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