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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 19:58

 

Les élections présidentielles ont porté à la tête de l’Etat, François HOLLANDE. Son gouvernement applique une politique qui prend en compte les obligations inhérentes au choix de non seulement rester dans la zone euro mais aussi de prolonger la dynamique conduisant à plus ou moins longue échéance à un fédéralisme économique.  C’est de cela que nous allons parler aujourd’hui ;

 

Une dynamique engagée par la précédente majorité a conduit à la signature du pacte budgétaire (l’objectif étant le retour à l’équilibre budgétaire). C’est ajouté depuis, le pacte de croissance (d’un montant de 120 milliards d’euros) et un accord sur une union bancaire permettant de recapitaliser les banques (accord du 29 juin 2012).

 

Mais, ce qu’il faut avoir à l’esprit aujourd’hui c’est, d’une part la ratification par la France du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (le TSCG1  qui impose une règle d’or2 ), et d’autre part les décisions du Conseil européen sur l’Union bancaire, la supervision des banques, le rôle de la Banque centrale européenne, la taxe sur les transactions financières.

 

 

Est-ce un bon choix ?

 

Rappelons que la mise en œuvre d’une union monétaire implique : une convergence des performances économiques et une cohérence des politiques économiques (cohérence des politiques entre elles et cohérence entre politiques nationales et communautaires).

 

Or, l’économiste Christian Saint-Etienne constate que « c’est la zone euro qui subit le choc le plus violent de la crise. Donc, non seulement l’Euro n’a pas été un bouclier contre la crise mais a été un élément d’accentuation de celle-ci ». On ne peut qu’être surpris par l’affirmation de cet économiste pro-européen. Il s’en explique.

 

Pour lui, comme pour d’autres économistes qui arrivent au même constat sur la situation de la zone euro, il existe au sein de celle-ci ‘deux modèles de croissance’ avec des performances économiques qui divergent fortement :

 

• l’un, avec comme chef de file l’Allemagne, est basé sur « un modèle industriel exportateur », et des produits à haute valeur ajoutée, ce qui produit des excédents extérieurs de 4 % ;

 

• l’autre, incarné notamment par la France, est fondé sur une économie tirée par la « consommation interne et la dépense publique à crédit » ; ce qui entraine un déficit extérieur de 2 à 4 % du PIB.

 

La cohabitation de deux ensembles de pays aux performances économiques divergentes, mais disposant d’une même monnaie paraît à terme poser problème, au point de remettre en cause l’existence même de la zone euro. 

 

 Une double alternative existe :

  • soit, l’on passe de la monnaie unique à la monnaie commune, l’euro devenant alors une simple unité de compte ;
  • soit, l’on opte pour la mise en place d’une « zone monétaire optimale » avec un gouvernement économique.

 

Au regard des faits, les pays de la zone euro s’orientent vers la résolution de ce paradoxe (l’existence de deux modèles antinomiques) de façon pragmatique. Il s’agit de mettre en place les conditions de construction d’une zone monétaire optimale dont parle Christian de Saint-Etienne.  

 

 

La zone monétaire optimale

 

Robert MUNDELL (prix Nobel d’économie en 1999) est, avec Marcus FLEMING, à l’origine de cette théorie. Pour ces deux économistes, une zone monétaire est optimale si les zones économiques qui la composent n'ont pas de différentiel d'inflation, ne subissent pas de chocs asymétriques mais, au contraire, connaissent une libre circulation des individus (facteur travail) et des flux financiers (facteur capital). 

 

Que nous disent-ils encore ? Une ZMO est un domaine d'application géographique optimal d'une monnaie ou de plusieurs monnaies dont les taux de change sont fixés irrévocablement. 

 

Quant à l'optimalité, elle est définie via un certain nombre de critères : 

  1. Une forte intégration commerciale 
  2. Une mobilité géographique des facteurs de production (travail, capital) entre les régions 
  3. La prédominance des chocs symétriques 
  4. L'existence de mécanismes d'ajustement face aux chocs asymétriques (en particulier, un certain fédéralisme budgétaire).

 

Enfin, les politiques structurelles doivent favoriser le jeu des forces endogènes de renforcement de la zone afin d’aboutir à une convergence des résultats et des politiques économiques, et ce pour que cette unification monétaire soit viable.

 

C’est sur la base de ce double constat : la situation des pays de la Zone euro et les critères de référence exposés ci-dessus, que Christian Saint-Etienne  souligne que trois conditions sont aujourd’hui nécessaires : un gouvernement économique, un budget fédéral et un encadrement de la concurrence fiscale et sociale entre les pays membres.

 

un gouvernement économique : à l’image des Etats Unis qui dispose d’un Etat fédéral coordonnateur,

 

un budget fédéral permettant notamment des transferts de revenus aptes à lisser les chocs asymétriques

 

un encadrement de la concurrence fiscale et sociale entre les pays membres (avec une forte mobilité du travail et du capital)

 

Quelques précisons sont utiles dans le débat actuel sur l’avenir de l’euro :

 

Selon Kenen, moins les économies sont spécialisées (au sens de plus elles ont une production diversifiée), moins elles sont sensibles aux chocs ; en effet, si la demande pour un produit décline, les conséquences du choc sur la production et sur l’emploi sont bien moins étendues que s’il s’agit de la monoproduction d’un pays. Les économies diversifiées peuvent plus facilement adopter des changes fixes et s’intégrer à une zone monétaire que celles qui ne le sont pas.

 

Pour Ingram et Johnson, une zone monétaire (taux de change fixes et monnaie unique) ne peut fonctionner, et à plus forte raison être optimale, sans une mobilité totale des capitaux et une libéralisation de l’offre des services financiers de sorte que les déficits éventuels sont financés sans pressions, ni sur les taux de change, ni sur les taux d’intérêts.

 

A cela il convient d’ajouter, la coassurance régionale apportée par un système fiscal intégré et par un budget centralisé (fédéral).

 

La convergence doit être comprise ici à trois niveaux :

  • convergence nominale (taux d'inflation) : la première condition de stabilité monétaire est la convergence des taux d'inflation des différents pays ;
  • convergence réelle (taux de croissance) : les taux de croissance des pays membres ne peuvent diverger de façon importante et durable ;
  • convergence structurelle : elle permet une bonne adaptation de l'appareil productif à la demande (internationale et nationale)

 

 

Quel scénario retenir ?

 

Pour Christian de Saint-Etienne, il s’agirait de réaliser ‘une véritable fédéralisation sur le principe d’une zone monétaire optimale’…‘Qui doit prendre en compte les intérêts stratégiques des Etats’. Et de continuer en expliquant que ‘les pays qui n’ont pas joué le jeu, comme l’Irlande’…’en serait par exemple exclus. Comme ceux qui n’ont pas été clairs dans leur compte’ (la Grèce pour ne pas la citer). Et de terminer en disant qu’il croit à une Europe à neuf comprenant : la France, l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas, l’Italie, l’Espagne et le Portugal.

 

Un avis qui n’est pas partagé par tous car, pour reprendre certains commentaires, il y a en réalité deux zones euros :

 

l’une est centrée sur la production et l’exportation, avec des excédents de balance courante élevés, constituée de l’Allemagne, des Pays-Bas, de l’Autriche, et de la Belgique ;

 

l’autre qui est centrée sur la consommation, avec des déficits significatifs de balance courante comme en France, en Italie, ou considérables comme en Espagne, au Portugal et en Grèce.

 

Comme ne se profile pas à l’horizon de gouvernement économique et de fédéralisme fiscal, il est, si l’on se place uniquement au niveau économique, justifié d’envisager la partition de l’Euro. 

 

On le voit, ce n’est pas le chemin pris par les responsables politiques. Et l’on peut dire qu’à ce jour, si « le spectre d’une explosion de la zone euro s’est éloigné, de nombreux risques demeurent et la plupart des problèmes de fond demeurent ». (Guillaume DUVAL)

 

En effet :

 La question espagnole demeure. Or, elle ne peut être résolue :

  • d’une part, qu’avec la supervision des 6 000 banques par la BCE, mais le gouvernement allemand s’y oppose ;
  • d’autre part, que si le gouvernement Espagnol fait appel aux instruments de secours (FSE et MSE), mais celui-ci cherche toujours à éviter cette procédure.

 

 La Grèce n’a pas atteint les objectifs fixés par la troïka :

  • elle a besoin impérativement que l’Union débloque la tranche des 31 Milliards d’euros (cf. le plan adopté en février 2012),
  • son gouvernement demande un délai supplémentaire de deux ans pour rétablir les comptes publics,
  • dans un premier temps refus allemand mais face aux risques sociaux et politiques que cela pourrait générer, Berlin a changé d’avis (on attend le vote du parlement).

 

 La France, quant à elle se lance dans un plan d’austérité le plus important depuis l’après-guerre. D’où un double risque :

  • entraîner l’économie française dans la récession
  • annuler les effets positifs pour la zone euro de l’action de la BCE

 

 

Que conclure provisoirement ? 

 

Un constat : les problèmes de fond ne sont pas régler et le ‘feu brule sous la braise’. En fait, les réformes de gouvernance de la zone euro (explique Guillaume DUVAL) ainsi que le pacte budgétaire  se sont centrés uniquement sur le renforcement de la discipline budgétaire. Ce qui est insuffisant.

 

En effet, si quelques indicateurs de convergence ont été introduits, aucune réponse n’a été apportée pour résoudre l’une des causes actuelle de la crise, à savoir le creusement des écarts de compétitivité.

 

Il y faudrait semble-t-il, ‘un budget commun plus conséquent’ et la mise en place de politiques budgétaires sur la base ‘d’autres critères que le niveau des déficits et de la dette’.

 

Alors faut-il discuter d’un nouveau traité ? C’est en tout cas l’avis d’Angela MERKEL. Oui mais à la condition que l’on intègre la question posée par Jacques SAPIR.

 

A quoi doit servir la zone euro ? Et il explique, qu’à l’heure actuelle, l’euro est pour certains, l’économie financière, une bonne monnaie, pour d’autres, l’économie réelle, une mauvaise monnaie. 

 

Pourquoi ? Parce que la zone euro est incomplète dans sa construction. Et l’on revient dès lors à la construction imparfaite de la zone monétaire optimale. 

 

PM Descolonges

 

 

 

 

1  Plus communément appelé "Pacte budgétaire européen", le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l'Union économique et monétaire vise à contraindre les Etats de la zone euro à financer leurs dépenses par leurs recettes et donc à limiter le recours à l’emprunt. Signé par 25 Etats membres de l’UE (tous sauf le Royaume-Uni et la République tchèque), ce nouveau traité, ratifié par la France entrera en vigueur dès le 1er janvier 2013.
2  La règle d’or prévoit d’obliger les Etats à  se doter de dispositions contraignantes destinées à respecter leurs obligations résultant du pacte de stabilité en ce qui concerne la convergence vers leur objectif  de solde structurel à moyen terme. Ce qui signifie que le déficit structurel (tendance durable à ce que les recettes soient inférieures aux dépenses publiques) ne devra pas dépasser 0,5% du PIB (il est actuellement de 4% pour la France).

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Published by KACIUS - dans Economie
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