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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 11:50

A la demande du gouvernement, le Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective (CGSP) a élaboré une note dans laquelle figurent « des éléments de constats et des pistes de réflexion sur les perspectives à l’horizon de dix ans ». A partir de ce diagnostic, elle « suggère une approche pour l’élaboration d’une stratégie à moyen terme ».

Il nous a paru intéressant que les lecteurs de ce blog en prennent connaissance d’où cette synthèse . En effet, comme le soulignent en introduction les rédacteurs de la note : il s’agit de prendre nos difficultés à bras le corps, comme le firent l’Allemagne ou encore la Suède, à contrario du japon. A la condition de viser loin (1O ans) et de prendre des décisions : éclairant l’avenir, mettant l’accent sur les changements qualitatifs, les réformes à entreprendre, et ce en vue du bien-être collectif.


Il s’agit donc de se demander quelle France dans dix ans voulons-nous ? Pour aider à y répondre, la note du CGSP s’articule en trois parties : un diagnostic de nature prospective sur le monde, l’Europe et la France ; les choix à faire (trois sont décisifs) pour à la fois affronter les défis à dix ans, tirer parti de notre potentiel et nous renforcer ; la méthode à adopter pour construire une stratégie en sachant que formuler de grandes orientations, fixer des ambitions, et identifier des leviers d’action est indispensable mais pas suffisant.

 

1    – LE DIAGNOSTIC SUR LE MONDE, L’EUROPE ET LA FRANCE  


1.1    – le monde dans 10 ans


Etat des lieux :


-    Croissance de la population du globe par 2,7 ; accès à l’information et au savoir par le canal Internet ; diffusion accélérée des innovations par le biais de l’investissement ; réduction des coûts de transport et libéralisation des échanges et des flux de capitaux avec pour conséquence la fragmentation croissante des processus de production.
-    Au niveau global, la transition d’un monde unipolaire à un monde multipolaire ne pourra pas aller sans des soubresauts ; au niveau régional les tensions qui traversent le Moyen-Orient et le Sahel sont un risque pour l’Europe.
-    Environ la moitié de la population mondiale est soumise à des régimes autoritaires et à un capitalisme d’état ; la déficience de la gouvernance mondiale est patente et laisse place à une fragmentation de l’espace international.
-    Les prix des matières premières et de l’énergie sont soumis à des tendances contradictoires ; les producteurs sont devenus eux aussi des consommateurs et le mouvement (avec l’apparition des classes moyennes) ira en s’amplifiant ; s’agissant des BRIC, une baisse du rythme de croissance est inéluctable.
Ce qu’il faut retenir : 


-    l’évolution de ces trois décennies a permis un réel développement des pays pauvres mais s’est accompagné de commotions sociales dans les économies industrielles, d’une montée des inégalités au sein des sociétés du nord et du sud et des déséquilibres financiers. 
-    Les effets induits des changements climatiques sont appelés à s’intensifier dans les dix ans à venir, avec pour conséquence des conflits autour des ressources et une augmentation des réfugiés climatiques.
-    La nouvelle phase de la mondialisation sera marquée par le passage, dans le monde émergent, d’une croissance tirée  par l’exportation et l’investissement à une croissance tirée par la demande intérieure et la consommation (deux milliards de nouveaux consommateurs). 


1.2    – L’Europe dans 10 ans


 Etat des lieux :


-    Durant un demi-siècle, la construction européenne fut un cadre structurant de notre développement ; elle est apparue comme capable de gérer les évolutions sans mettre en cause les modèles sociaux ; mais elle est devenue (économiquement, monétairement, politiquement et socialement) un facteur d’incertitude.
-    Aujourd’hui, elle est divisée entre pays prospères et pays en crise ; la décennie à venir sera marquée par un douloureux processus de rééquilibrage économique et une inconnue sur les chemins qu’il empruntera (redressement graduel ou évolutions brutales).
-    Les initiatives prises concernant l’euro ont commencé à dessiner une zone euro plus intégrée ; mais, du fait d’une mutation nullement achevée elle est dans l’incapacité à s’affirmer face aux géants chinois et américain.
-    La palette des avenirs possibles est ouverte ; dans un contexte de difficultés persistantes (sortie éventuelle du Royaume Uni, désaccord sur la dimension sociale…) l’incertitude alimente les doutes sur la finalité et la légitimité de la construction européenne.  


 Ce qu’il faut retenir : 


-    Un délitement de l’édifice européen ne peut être écarté ; l’hypothèse d’une Europe déséquilibrée et marquée par la vision des pays du Nord doit être prise au sérieux ; les tensions persistant pourraient demain connaître une nouvelle flambée ; alors que le reste du monde nous impose sa propre dynamique.
-    Le rejet des avancées dans la gouvernance européenne nous priverait d’un moyen essentiel de peser sur les orientations globales ; or la méfiance  des français à l’égard des initiatives communautaires et de la logique d’intégration n’invite pas à l’audace.
-    En conséquence, Il faut se préparer à un possible durcissement des choix entre intégration poussée, y compris sur le plan politique, et désagrégation, avec le cortège de troubles que celle-ci entrainera nécessairement. 


1.3    – La France dans 10 ans 


Etat des lieux :


-    Avec 67 millions d’habitants, la France plus vieille comptera plus d’inactifs ; l’INSEE projette une progression du taux d’activité des 15-69 ans, d’où une augmentation du nombre d’individus en activité et une moindre ponction sur les revenus ; quant au vieillissement, il aura pour effet un développement de l’offre de services à la personne.
-    Dans un monde qui croît, la France va devenir à la fois plus petite (du fait de sa démographie) et (à l’image de la plupart des pays européens) moins riche (en cause : la crise financière, le ralentissement des gains de productivité conséquence d’un moindre investissement et d’un freinage des processus de réorganisation productive).
-    La combinaison d’une stagnation de la demande et d’une persistance des obstacles au développement de l’offre peut aboutir à un étouffement  de la croissance ; sous réserve d’un redressement, la France n’ait pas à l’abri d’un scénario à l’Italienne, à savoir la non progression de son PIB.
-    Une taille économique plus faible implique une spécialisation productive plus étroite sur laquelle se concentre l’avantage comparatif, la France des années 2020 sera plus spécialisée ; l’émergence de nouveaux partenaires du monde les conduira à venir nous concurrencer mais ces pays seront aussi demandeurs de produits et de services.


Ce qu’il faut retenir : 


-    Dans les dix ans à venir, la France qui dispose d’importantes réserves de croissance devrait continuer à surfer sur les innovations des années 2000 ; elle se doit de favoriser l’activité, l’acquisition de compétences, l’innovation, le renouvellement du tissu productif  et l’investissement.
-    Dans un contexte incertain, garder les rythmes de croissance retenus pour les projections à moyen terme (2 % en moyenne) ; mais en menant des réformes économiques d’ampleur, il n’est pas illégitime d’espérer un rythme plus rapide.
-    La France, mieux formée en comparaison des Etats-Unis, sera encore très riche en « capital humain » vis-à-vis des pays émergents ; mais attention, le marché du travail, marqué par une polarisation des emplois en haut et en bas des qualifications, peut entrainer un dualisme social.
-    A l’horizon de dix ans, l’attraction de notre pays pour les investissements étrangers représentera un avantage important ; il doit pour cela jouer de sa situation géographique, de ses infrastructures matérielles et techniques, de ses services publics, de son cadre urbain et culturel ainsi que de ses modes de vie.
-    Le mouvement vers une société d’individus engendra selon tous les indicateurs, une baisse de la taille des familles, une augmentation du nombre : de familles monoparentales, de divorces et d’unions libres ; cette société transformée réclamera inévitablement une évolution de ses relations à l’Etat et aux institutions sociales.


2    – TROIS CHOIX COLLECTIFS


Le paysage, brossé à grands traits, a présenté les défis que la France devra affronter dans les dix ans à venir. Mais la société française est hésitante, divisée sur plusieurs choix essentiels. Elle éprouve de grandes difficultés à forger des consensus sur lesquels fonder une action durable.  Or, trois choix sont décisifs, ils portent sur l’insertion dans la mondialisation, le modèle pour l’égalité et la vision du progrès.


2.1    – Quelle insertion dans la mondialisation ?


Etat des lieux :


-    La mondialisation a induit d’importants gains de pouvoir d’achat mais elle est un processus brutal, souvent injuste. Notre choix consiste à se fixer la manière dont nous voulons nous insérer dans le plus grand processus économique de notre époque et la direction dans laquelle nous pouvons contribuer à l’infléchir.  
-    Dans l’échange international, le décrochage français est avéré (rentabilité trop faible des entreprises, insuffisance des entreprises intermédiaires) ; on ne favorise ni l’orientation des ressources, ni le développement des entreprises à potentiel ; on peut aussi acheter plus pour vendre davantage.
-    Notre pays est trop hésitant quant à la densité de son ouverture internationale, et au type de spécialisation qu’il entend favoriser ; rentabilité médiocre et mauvais positionnement de gamme dans l’échange international caractérisent notre industrie prise en étau entre les prix des concurrents, ceux de leurs intrants et celui du travail.


Ce qu’il faut retenir : 


Quel que soit le modèle retenu, la société française ne peut plus continuer à se penser comme victime d’un monde qui se construirait à côté d’elle, malgré elle et sans elle. 


-    Les orientations  publiques en matière d’immigration, d’enseignement et de recherche, d’équipement, d’organisation des services publics, de prix de l’énergie, de fiscalité ou de réglementation des marchés exercent une influence déterminante sur les décisions privées.
-    Il y a plusieurs manières de s’insérer dans l’économie globale : le Japon a misé sur une organisation duale où cohabitent des entreprises industrielles tournées vers l’international et un secteur de services protégé ; le Royaume Uni a misé sur les services échangeables en faisant venir les talents et les capitaux.
-    Redevenir une puissance manufacturière implique des choix lourds : il faut renforcer les savoirs pratiques, maintenir le prix de l’énergie à un bas niveau, favoriser l’investissement, et organiser un transfert massif de ressources en faveur de l’industrie.
-    Fonder nos espoirs sur les services échangeables appelle une transformation profonde ; il s’agirait de faire appel aux talents du monde entier, d’intensifier la concurrence dans les services et de prendre place dans la compétition internationale en matière d’éducation.


2.2 – Quel modèle pour l’égalité ? 


Etat des lieux :

 


-    La France n’a pas échappé à un creusement des écarts de revenu en son sein, mais l’inégalité des revenus après impôts et transferts est moins prononcée que dans les pays anglo-saxons, et elle a moins augmenté qu’en Allemagne ou en Suède.
-    Les déterminants socioéconomiques et ceux tenant à l’origine nationale pèsent le plus sur le destin d’un individu, à l’école d’abord, sur le marché du travail ensuite ; ils ont pour cause l’inefficacité  de nos services publics et le fonctionnement du marché du travail. 
-    Faute de traiter les inégalités à la racine, nous nous efforçons d’en limiter l’incidence ; le résultat est un modèle de réduction des inégalités plus couteux et moins efficace que ceux qui mettent l’accent sur l’investissement social.


Ce qu’il faut retenir : 


-    Notre modèle de réduction des inégalités n’est pas soutenable (niveau atteint par la dépense publique et ponction fiscale) ; il n’est plus possible d’échouer à construire un modèle fondé sur l’intégration, et de maintenir le consentement à un système de transferts élevés.
-    Dans une économie où la croissance est faible, l’héritage pèse d’un poids plus lourd que dans une économie en expansion ; la France, si elle ne repense pas son modèle social, n’est pas à l’abri d’une réémergence d’une société de castes.


2.3    – Quelle vision du progrès ?  

 

Etat des lieux : ambivalence de nos sentiments et inquiétude quant à notre avenir collectif


-    Les français jugent que nous vivons moins bien qu’il y a vingt ans ; ils s’attendent à d’importants gains de productivité économique mais redoutent qu’ils se traduisent par des pertes d’emploi ; ils évaluent positivement les progrès scientifiques mais doutent de notre capacité à en faire bon usage.  
-    Ce pessimisme s’est accentué au début de la dernière décennie ; ils ne sont que 31 % à se déclarer optimismes quant à l’avenir de leurs enfants et des générations futures ; la société n’a plus confiance en elle-même, en ses institutions économiques, politiques et sociales.
-    Une société qui ne croit plus en sa capacité d’organiser le progrès est inévitablement conduite à regarder tout débat social comme un jeu dans lequel les gains des uns sont nécessairement les pertes des autres.
-    Nous n’évoluons pas vers la construction de consensus sur les grands débats de société (OGM, nucléaire…) ; le manque de confiance envers les institutions et une gouvernance jugée peu transparente et ouverte font obstacle à la construction d’une opinion éclairée ;

 

Ce qu’il faut retenir : 


-    De multiples symptômes : la dette publique est vécue comme notre incapacité à réconcilier appétence pour la dépense et aversion au prélèvement ; la récurrence du débat sur les retraites est l’occasion d’affrontements à chaque quinquennat ...
-    La France a du mal à choisir ses objectifs et ses méthodes ; il importe qu’elle retrouve sa capacité à se projeter dans l’avenir ; une capacité qui lui a permis, au sortir de la seconde guerre mondiale de se reconstruire une perspective de développement.


3    – ELEMENTS POUR CONSTRUIRE UNE STRATEGIE

 

Nos faiblesses sont préoccupantes et les défis que nous devons affronter considérables. Mais, les incertitudes portent moins sur l’état du monde que sur notre propre cohérence dans les choix collectifs, sur la clarté de nos orientations et sur la continuité dans leur mise en œuvre. 

 

3.1 – Méthode 


Il ne suffit pas de formuler de grandes orientations, de fixer des ambitions, et d’identifier des leviers d’action pour avoir prise sur  la réalité. Au moins trois conditions sont nécessaires : 


-     Le succès d’une stratégie exige la formulation d’orientations suffisamment fermes et lisibles pour qu’elles aient un caractère mobilisateur et influent sur les comportements.
-     Il faut ensuite, pour se les approprier, que la société puisse reconnaître dans ces orientations une réponse à ses propres questions et l’écho de ses propres aspirations.
-     Enfin,  cela suppose que leur fixation ait donné lieu à concertation avec les partenaires sociaux et à délibération avec la société civile.


La France d’aujourd’hui est plus complexe, plus incertaine d’elle-même, plus divisée quant à ses visions de l’avenir, plus soupçonneuse aussi. Elle n’a plus confiance en la parole des dirigeants politiques, en celle des élites économiques et intellectuelles, et elle ne se fie pas aux médias.

Un travail de fond à mener 


Pour surmonter ces obstacles et pour déboucher sur des références communes, il faut :


-     Objectiver les constats, en remontant loin dans le temps et en s’appuyant sur des comparaisons internationales car les mêmes problèmes se posent chez nos voisins.
-     Construire des ambitions partagées avec des indicateurs de résultat pour que le pays identifie des objectifs structurants, se les approprie, et qu’ils informent les choix des acteurs économiques et sociaux.
-     Identifier les leviers d’actions qui relèvent directement de la décision publique (fiscalité, dépenses publiques, gestion des services publics, ou réglementation économique et sociale).  


Mais attention, fixer une stratégie : c’est choisir entre les possibles, c’est investir dans des transformations, et seul le politique peut assumer ces paris.

 

3.2 – Coordonnées 

Il s’agit d’indiquer les coordonnées au long desquelles la délibération du gouvernement pour proposer une stratégie pourrait être construite.



Quatre ont été retenues par le CGSP : 
•    La première a trait à notre dynamisme productif
•    La deuxième concerne notre modèle social
•    La troisième porte sur la soutenabilité des évolutions engagées
•    La quatrième relève de la gouvernance


Notre dynamisme productif : 


-    Il s’agit d’intégrer d’autres facteurs de production que le travail et le capital (système financier, éducation et recherche, immigration, marché du travail, services publics, et territoires).
-    C’est aussi : définir comment nous insérer dans les systèmes de production mondiaux ; déterminer quel équilibre rechercher entre les secteurs internationalisés et ceux à l’abri de la concurrence internationale ; fixer comment gérer le risque.


Notre modèle social :


-    Penser l’avenir à dix ans de notre modèle social demande de sortir d’une démarche dispositif par dispositif pour envisager simultanément l’accès au savoir, à l’emploi, au logement… .
-    C’est aussi : explorer les dimensions qui déterminent les parcours individuels, identifier comment prévenir que certains subissent déterminisme social et accumulation des revers.


La soutenabilité des évolutions engagées :


-    Conduit nécessairement à poser la question de la maîtrise de l’endettement public et celle du financement de la protection sociale.
-    C’est aussi envisager l’ensemble de nos objectifs : croissance économique, consommation, développement urbain, etc.  dans une perspective de développement durable.


La gouvernance :


-    L’élaboration d’une stratégie nationale est l’occasion de préciser nos priorités européennes et notamment ce que nous sommes prêts à donner et ce que nous demandons à nos partenaires pour remédier au déficit de gouvernance de l’Union.
-     Ce devrait être aussi le support d’une coopération entre acteurs publics nationaux, à chaque niveau d’administration territoriale, pour concourir à la réalisation d’objectifs communs.

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Published by KACIUS
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commentaires

simulation assurance prêt 13/11/2014 15:20

si au moins on pouvait économiser au niveau de notre habitat...

Lumidee 15/05/2014 17:21

Cette chronique est très intéressante. Une chose est sûre, nous voulons une France où il coûte moins cher d’y vivre.

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